Le conservatisme, écrivait le regretté philosophe Roger Scruton, est apparu dans le monde moderne comme « une sorte de « oui mais… » en réponse au libéralisme. Les conservateurs, a-t-il observé, croient, comme les libéraux, à l’importance du libre marché, de la propriété privée et du choix individuel. Ils croient également à l’importance primordiale de la communauté et de la tradition, qui fixent des limites à la portée de l’individualisme. Le libéralisme, pour Scruton, n’avait de sens « que dans le contexte social défendu par le conservatisme ».
La relation entre ces deux sources philosophiques du conservatisme n’a jamais été confortable. La tension entre l’individualisme du marché et de la propriété privée et la communauté des coutumes et des traditions, entre le développement capitaliste prométhéen et les entraves de l’histoire et de la culture, a toujours rongé le cœur du conservatisme.
C’est une tension qui se traduit par une surprenante ambivalence à l’égard de Margaret Thatcher. Certes, elle est une véritable héroïne conservatrice, la Dame de fer qui a transformé à la fois la Grande-Bretagne et le parti conservateur. Pourtant, de nombreux conservateurs regrettent également la destruction causée par le thatchérisme au tissu social britannique, à ses coutumes et à ses traditions. Scruton lui-même admirait Thatcher mais dans ses mémoires, ...
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